Je suis une fille en plastique # Autopsie

 

Tout d’abord, merci à l’adorable Rack-Framboise, d’avoir prêté son corps à cette photographie qui marque la dernière marche de mes travaux d’avant « le saut de l’ange ». Elle était d’ailleurs présentée à la toute fin d’Everything Lust Go, l’exposition de Marseille, au cours de l’été 2010.

Comme toujours pour comprendre mes clichés, il suffit de « décrire » ce qu’on voit et d’en déduire les conséquences, à la lueur de mes autres travaux.

Et que voit-on ? Une femme rêvée, une femme fantasmée, photographiée au super grand-angle afin de lui donner des jambes interminables. Son corps, huilé, brille comme celui d’un mannequin de celluloïd. Son corps est recouvert de logos de marques de luxe, dont certains sont en train de se détacher et de tomber.

Son attitude, hiératique, contraste avec l’environnement d’une maison qui menace ruine. Même si le plafond en stuc y parle d’une gloire passée. Tout autant que la lumière extérieure, qui s’accorde mal avec la projection lumineuse sur le sol, qui suggère un jour bien plus ensoleillé. En observant un peu plus, on observe que l’ombre portée sur le côté droit de la photographie semble être celle d’un grand phallus. Et que l’ombre projetée des huisseries de la fenêtre marquent une croix au sol. On va parler de vie et de mort.

Enfin, l’attitude du modèle, entre défi et inquiétude, amène le regard du spectateur hors-champ, car c’est vers là que la jeune femme regarde. Une intensité soutenue par les lignes de forces de l’image appuyées par les deux poutres qui en suivent la géométrie.

C’est aussi une des rares photos de cette période, où il y a une fenêtre qui n’est pas obscurcie par des volets, des meurtrières, des vitraux ou qui n’est pas un oeil-de-boeuf comme dans l’Aube (Tarot de Lilith). Au point qu’on voit le ciel, qui, s’il est obstrué par les nuages, laisse quand même pénétrer le soleil et la lumière. On peut respirer. On peut envisager la fuite.

Reste à assembler les pièces du puzzle. Comme d’habitude, j’y parle de moi. C’est la dernière photo, le dernier doute, avant la boucherie des hôpitaux : le sésame pour la liberté et la renaissance. On s’y libère des derniers artifices de la femme rêvée pour rencontrer enfin la femme réelle. Même si l’espoir et la peur s’y dispute le premier rôle. Car en tuant l’autre en soi, on risque aussi sa peau. D’où le choix des teintes, un peu délavées, comme lorsque les premiers rayons du soleil, le début de l’espoir, pointent et permettent enfin de voir.

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