Racines # Autopsie

Nath-Sakura a choisi d’appeler ce cliché « Racines ». Ce qui n’est évidemment pas anodin, si vous suivez un peu les liens de nos blogs, les significations cachées des images, et les ressentis personnels de la photographe.

Pour elle, qui n’a pas de racines (elle est née de parents inconnus), le besoin a toujours été fort de s’en créer de nouvelles. « D’appartenir » à un groupe, de « s’enraciner » dans un lieu, une maison, une région, elle qui est apatride, franco-espagnole mais sans se sentir vraiment chez elle nulle part. Les gens qui l’entourent connaissent ses pulsions « abandonniques », son incapacité maladive à supporter les pertes, les départs, les changements. La souffrance extrême où la plonge la disparition d’un de ses repères, lorsqu’il fait partie de ce sur quoi elle a bâti sa vie.

Lorsque elle a réalisé ce cliché, il représentait pour elle la renaissance après la tragédie, la reconstruction après la guerre. L’espoir. Le vert tranchant des laitues au milieu de la forêt calcinée, parlait du retour inévitable de la nature. La jeune femme (Wanahea), étant celle qui « portait » ce renouveau. Une jolie image

C’est la première image qu’elle a réalisée après l’opération chirurgicale majeure qui lui a permis, en juin 2010, d’être enfin elle-même, enfin libre, enfin prête à dévorer le monde. Ce moment magique où elle pensait avoir terrassé le dernier de ses « dragons », et où elle pensait pouvoir enfin remiser casque et épée dans un vieux grenier.

Mais aujourd’hui, on peut relire cette photographie d’une autre manière. Les laitues, si elles étaient vertes au moment où elle prenait la photo, sont aussi des créatures déracinées qui, lorsqu’on y réfléchit, vont inévitablement jaunir et mourir si on ne les replante pas au plus vite. Les racines calcinées des grands arbres qui environnent le modèle sont comme une prophétie de leur avenir : « qu’importe ta taille, qu’importe ton âge, tu finiras comme nous toutes, noircies et mortes. »

Si l’on cherche à interpréter le regard de la jeune femme, on y sent de l’angoisse, de l’interrogation. « Où les replanter ? Où que pointe mon regard je ne vois que destruction et cendres, nul endroit pour creuser la terre. Moi-même je suis nue, rien ne me protège de la nature hostile. Et j’ai déjà froid. Je ne peux pas marcher vite avec les talons que je porte. Comment sauver ces plantes chétives qui ne demandent pourtant que croître et grandir« .

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