Aubabe – Autopsie d’une série

Nath-Sakura a été interviewée en décembre 2009 sur sa série « Aubabe » pour le magazine Virus Photo. La voici in extenso. Une façon de comprendre ce qui se cache dans une série photographique qui pourrait n’être que ludique et frivole, si elle ne posait pas des questions plus profondes à ceux qui aiment ou font de la photographie…

Aubabe. Comment passer à côté du parallèle avec Aubade !? Un simple trait d’humour ? Une satire de la mode ?

Evidemment, la série s’inspire des publicités pour la célèbre marque de lingerie, qui ont fait crier au génie tant de générations de photographes. Un point de départ intéressant pour ce que j’avais en tête.

Des leçons photographiques. Qu’est-ce qui t’as inspiré ce Marabout de l’art photographique ?

Le ras-le-bol de ceux qui croient, désespérément, que la photographie se résume à une technique, à une somme de savoirs, à une accumulation de répétition de « belles images » qu’ils voient dans les magazines. Car en général, ces comptables de l’image ne fréquentent ni les expos, ni les musées. Ce sont ces gens-là qu’en général, j’insupporte.

Les conditions de prise de vue sont quasi identiques d’un opus à l’autre. Pourquoi ?

En apparence seulement. Et c’est là le challenge. Essayer de trouver une harmonie et une proximité dans plusieurs images prises dans des conditions complètement différentes. Des éclairages qui vont du flash studio au PAR-64 en passant par la lumière du jour et les Balkars. Une façon de me procurer un petit amusement secret alors, lorsque je lis ou j’entends les commentaires sur les petites différences entre ces images.

Pourquoi avoir choisi le nu pour cette critique de la photographie technicienne ?

Parce qu’en général, les techniciens sont libidineux. A trop passer de temps sur des manuels de photographie, des magazines, des sites internet pour calibrer ses focales et calculer ce qui fait la mode des iso, ils finissent nécessairement par vivre le sexe de la même manière. Seuls derrière du papier glacé ou un écran.
Et comme c’est d’eux que je me moque…

Au fur et à mesure, les leçons deviennent plus philosophiques. Ainsi, de « Savoir utiliser un bol beauté », on arrive à « Avoir un objectif dans sa vie ». Pourquoi cette métamorphose ?

J’ai caressé l’idée que ceux qui regarderaient ces photos se poseraient les mêmes questions. Pas les techniciens hélas, puisqu’ils ne regarderont que le rendu des textures, la finesse des mises au point et les choix de cadrage (qu’évidemment, dans cette série, ils n’approuveront pas). Mon idée de départ était qu’à travers la critique de la technique, une approche plus philosophique, plus artistique, apparaisse. Car, après tout, la technique n’est que le moyen par lequel le photographe fait naître un sentiment, une idée, ou une opinion. Un simple outil.

Justement, les deux derniers enseignements sont « Avoir un objectif dans sa vie » et « Accepter de lâcher prise pour faire place à l’essentiel ». Des conseils applicables aussi bien à un existence, qu’à une photo. Quelle relation y a-t-il entre l’art, et la vie ?

S’il n’y a aucun lien entre l’art et la vie, à quoi servirait-il de vivre ?

Solliciter une prise de conscience sur ce qu’on voit me semble un défi intéressant. Inciter le spectateur à aller au-delà de son subjectivisme et à s’interroger sur ce que l’image peut révéler de lui-même, lorsqu’il regarde. Après tout, au-delà du jeu de mot, susceptible de n’amuser que les photographes, « avoir un objectif dans la vie », me semble justifier sa propre existence, non ?

Quelle photo préfère tu dans cette série ? Pourquoi ?

« Ne jamais perdre une occasion de prendre son pied ». Ca me semble une bonne façon de voir la vie. En tout cas, c’est la mienne.

Peux tu nous raconter l’une de ces séances ?

C’est sans doute la séance la plus tordue que j’ai eu à subir. J’avais décidé de réaliser une leçon en lumière naturelle, avec une ombrelle portée par la modèle, puisque les accessoires photos constituent le fil rouge de la série. Mais évidemment, ce jour-là, il pleuvait à seaux, et la lumière était si faiblarde que même en jouant sur les réglages, un résultat qui coïnciderait assez avec les autres leçons était impossible à obtenir. Donc, en forçant sur la balance des blancs, en jouant avec plusieurs réflecteurs pour « booster » les tons, et en tirant les valeurs au plus sensible, au plus long et au plus ouvert, la leçon « ne pas utiliser d’ombrelle par temps d’orage » est née. Bien par hasard et dans la douleur.

La revue dans laquelle cette interview a été publiée ici : http://issuu.com/virusphoto/docs/issue3

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